Overblog Tous les blogs Top blogs Maison, Déco & Bricolage Tous les blogs Maison, Déco & Bricolage
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Textes Nouvelles Chansons

Publicité

LE VOYAGE

LE VOYAGE

1

- Sacré voyage, hein, le pt’it Blanc !!!

Mon voisin est un grand costaud. Le fouet en bandoulière, il ricane et me toise.

- Oui, M’sieu ! Sacré voyage !

- M’appelle pas M’sieu !! Je suis Sorg ! Et tel que tu me vois, je serai bientôt ton chef !

- Mon chef ??? Mais… je ne comprends pas !

- Tu comprendras bien assez tôt !!! Accroche-toi !!!

Trou d’air.

Phénomène d’aller-retour, c’est ainsi qu’on appelle ce chamboulement, dans le Grand Voyage, tout au moins, c’est ce que les Anciens,les Rescapés, racontent, le soir, à la veillée, les yeux pétillants d’étoiles….

Dans la nuit, nous plongeons. En avant. En arrière. Le grand Sorg a noué son fouet autour de mon cou. Il me tient contre lui serré.

Une rumeur.

Des cris.

La nuit s’éparpille et se morcelle.

Je vomis. Longuement.

Sorg me hurle : " Tiens bon ! "

Je déglutis. Souris faiblement. Accalmie.

Nos compagnons se relèvent, râlant.

Sorg me dit : "  Il faut résister. Nous aurons bientôt l’opportunité. Ne me lâche pas !! Reste près de moi, et tu verras !! "

….

La nuit s’agite. Au-dehors, c’est tumulte.

Sorg fait claquer des ordres brefs.

Tous se serrent derrière lui, muets.

- Tu vois, ils m’obéissent !!Au doigt et à l’œil !! J’ai l’âme d’un chef !!!

Sa face s’éclaire d’un large rictus. Je me dis : "  Il vaut mieux être avec lui que contre lSéisme. Chamboulis. Je crie. Je me vide.

Sorg, de son fouet, me rattrape à temps.

La porte de la cabine de pilotage s’est entrouverte.

Sorg s’y engouffre, m’entraînant.

…Et ce qui suit est indicible…

En deux temps, trois mouvements, Sorg se jette sur le chef-pilote, il l’étreint, l’enserre, l’avale tout cru, rote un bon coup, et saigne le co-pilote qui n’a pas le temps de réagir. Il le gobe lui aussi, sans me quitter des yeux, moi, terriffié, blanc comme craie.

Il rote encore bruyamment et lâche :

- Je prends les commandes ! Occupe-toi des autres, derrière ! Qu’ils se tiennent tranquilles !!

Je referme la porte, et je me retrouve devant la troupe, et je m’entends prononcer ces mots :

- Sorg est désormais notre chef !! Il a pris les commandes, et tout va bien désormais. Tenez-vous tranquilles, et il ne vous arrivera rien de mal !

Mon corps ne tremble pas. J’ai dit ces mots. J’ai entendu ma voix…

 

 

2

De retour dans la cabine, j’anonne mon rapport, simple, atonal, neutre .

Sorg me dit : "  Tu iras loin ! Tu ne leur as rien dit ! Tu as su garder le secret ! Je t’en sais gré ! "

Il s’est doucement retourné vers moi, et c’est à ce moment-là que j’ai senti que j’étais le suivant sur sa liste.

Il m’a tourné le dos à nouveau.

Je n’ai pas réfléchi. Je me suis approché doucement, lentement, sans bruit.

J’ai enroulé mon fouet autour de sa gorge. Je l’ai entendu gargouiller :

- Tu as été plus rapide que moi, petit Blanc !!

Et il s’est écroulé à mes pieds, mort, étouffé.

Je me suis penché sur lui, et je l’ai dévoré, méthodiquement, en contemplant la nuit cloutée d’étoiles.

Quelqu’un a frappé à la porte de la cabine. Trois petits coups très brefs.

J’étais aux commandes, à la place de Sorg. J’ai dit : " Entrez ! ", et ils sont entrés. Ils étaient quatre, déterminés, l’œil vif.

- Où est Sorg ? a dit le plus grand.

Sans me démonter, j’ai répondu : " Sorg nous a quittés.. Il a préféré plonger dans la nuit sans nom… "

Le petit aux yeux verts a dit : " Je ne te crois pas ! Je pense que tu as tué Sorg et que tu l’as mangé… "

Je me suis approché de lui, et mon fouet a claqué sec dans l’air aseptisé de la cabine.

- Ecoute-moi bien ! Je suis votre chef désormais. Sorg l’a voulu ainsi.. Vous allez m’aider tous les quatre à mener la nef à bon port. Nous ne sommes qu’au tout début du Voyage, et nous devons rester solidaires si nous ne voulons pas être anéantis à jamais…

…..

Le petit a baissé les yeux. Deux de ses compagnons l’ont entraîné à l’extérieur de la cabine, dans le corps de la nef.

J’ai entendu un cri étouffé suivi d’un horrible gargouillis.

Les deux sont revenus dans le poste de pilotage, et le premier se frottait le ventre, l’air satisfait..

J’ai dit : " C’est bien ! J’en veux un avec moi. Les deux autres vont rassurer l’équipage.Nous allons vers de nouvelles turbulences… "

..

Ils m’ont obéi. Le plus grand s’est assis au poste de co-pilote, et au-dehors, la nuit a rugi de nouveau.

Mon compagnon de cabine s’est désarticulé au premier choc. Il a coulé, gluant, contre la paroi. Les deux autres sont entrés, haletants.

Je me suis cramponné aux commandes.

Le deuxième choc, plus violent que le premier, a eu raison d’eux. Leurs corps ont explosé en un ‘’blop !’’ sinistre.

Je me suis levé, calmement. J’ai nettoyé les débris sur le sol. J’ai branché le pilotage automatique, et je suis allé haranguer la foule, de l’au…

Il était temps…L’habitacle était jonché de corps sans vie, et les survivants geignaient, lamentables..

J’ai crié : "  Ne vous désolez pas ! Nous entrons dans une période de calme ! Rassemblez-vous ! Regroupez-vous !! Nettoyez les cadavres ! Serrez-vous les uns contre les autres ! Ne vous laissez pas abattre ! Je suis là pour vous guider ! Ayez confiance en moi !! " 

3

Un meuglement sourd répondit à ma harangue. Au-dehors, la nuit s’éclata de nouveau. Les plus valides restèrent debout. Les autres, bringuebalés de droite à gauche et d’avant en arrière, s’éclaboussèrent contre les hublots.

Mon fouet siffla dans l’air.

- Regroupez-vous ! Les uns contre les autres ! J’en veux deux avec moi dans la cabine !!

Ils m’ont obéi sans broncher, et deux petits, trapus, m’ont suivi.

Je leur ai donné l’ordre de prendre les commandes, et j’ai scruté la nuit.

Combien de temps encore avant la délivrance ?

J’étais incapable de répondre à cette question. Mes compagnons d’infortune l’ignoraient aussi . Ils avaient été choisi, comme moi, pour le Grand Voyage, et nous voguions, tremblants et désarmés, dans l’infini des ténèbres.

….

Je me disais : " Surtout, ne jamais les perdre de vue, un faux mouvement, et ils me dévorent ! 

J’ai tremblé. Et si j’échouais ? Et si ce Voyage n’était qu’un leurre ? Et si nous étions tous manipulés ?

Des histoires circulaient, des légendes tenaces qui racontaient le choc aux confins de l’univers, la mort atroce d’aventuriers, de pionniers, écrasés mous, sacrifiés, avant même d’avoir pu atteindre la Planète promise…

Des légendes…

- Cap sur la Planète, Chef ?

- Cap sur la Planète !! La Délivrance est proche ! Ne déviez pas ! Tenez ferme ! J’informe les autres !

….

J’ai saisi le micro et j’ai lancé :

- Préparez-vous ! Capsules individuelles ! La planète est proche ! Bonne chance à tous ! A partir du Grand Saut, c’est chacun pour soi, vous le savez bien ! En attendant, serrez-vous bien les uns contre les autres ! Evitez de vous disperser ! Nous devons rester groupés, et…

…..

Turbulence noire.

J’avais attaché mon fouet à un anneau de la paroi. J’ai tenu bon.

Pilote et copilote écrabouillés. Je reprends les commandes et maintiens le cap.

La nuit me bouscule, chahute et hurle.

Je me dis : " C’est la fin ! Je vais connaître le destin de tous les autres ! " 

Frisson glacé le long de mon échine.

Avant. Arrière. Et hurlements lointains.

Je les entends gémir de l’autre côté de la porte. Le micro fonctionne à nouveau ; Je crie :

- Dernières turbulences ! Dernières turbulences ! Attachez-vous lers uns aux autres ! Ne faiblissez pas ! Débarrassez-vous des corps de vos camarades sacrifiés ! Dernières turbulences ! Tenez bon !

…..

Je chavire.

Pouint bleu tout au loin dans la nuit. La Planète.

Je hurle : " Capsules individuelles ! Capsules individuelles ! Planète et vue ! Planète en vue !! "

Je me glisse dans ma capsule, déterminé, le cœur battant, tout pâle.Je n’arrive pas à croire que je suis encore le premier.

Je n’arrive pas à croire que je suis encore leur chef.

4

Je n’arrive pas à croire que je vais sauter dans l’inconnu, le premier, les autres sous mes ordres, dans cette nuit tumultueuse et hostile…

- Chef ! Le signal !!!

Un éclair violent. Je ferme les yeux. Je suis propulsé, éjecté hors de la cabine, dans ma capsule blanche, les autres me suivant….

Je suis toujours au poste de commande.

Posément, je dicte mes ordres :

- Restez groupés ! Restez groupés !

- 5 sur 5, chef ! Nous suivons ! Planète en vue, chef ! Planète en vue !!

Devant mes yeux écarquillés. La Planète. Bleue. Nimbée d’or. Désirable. Tant attendue.

Elle. Enfin.

Je jette un coup d’œil à ma droite, à deux heures. Une capsule. L’œil noir de son pilote. Je bifurque. La télescope. L’engloutit.

Je me remets de la secousse.

A dix heures, une deuxième capsule.

Virage à gauche. Collision. Avalée.

Le haut-parleur grésille :

- Chef ! Chef ! Nous vous suivrons, chef ! Plus aucune capsule n’essaiera de prendre la tête de l’escadrille ! J’en fais le serment, Chef !

Il vole à ma hauteur, celui qui vient de parler.

Je le jauge. Souris. Il ne bougera pas. Sera loyal. Je le sais.

Tout au moins, je l’espère.

La planète.…

La nuit est calme tout soudain . Le tumulte a fait place au silence stellaire.

Cap sur Elle. Cap sur Elle.

J’en rêve depuis ma naissance. Elle est là, devant mes yeux éblouis, immense lune.

- Restez groupés ! En formation derrière ma capsule !! Nous approchons de la planète ! Nouvelles turbulences en vue !

…Orages. Pluies acides. Ma capsule est durement secouée. Je résiste.

A l’arrière, c’est l’hécatombe. Explosions. Cris. Hurlements.

Je maintiens le cap sous la houle.

J’ai pénétré dans l’atmosphère de la planète.

Derrière ma capsule, la nuée laiteuse, plus fine désormais, après le massacre, s’étire longuement.

…J’amerris lourdement. Jaillis de ma capsule. Nage. Je suis le premier. Le seul.

Mon fouet flagelle le liquide.

Je plonge.

Je suis ivre. Je me noie.

Je suis le Messager du Bonheur, de l’Amour, je suis porteur de l’Avenir, je…

….

Clotilde bâilla comme un chat.

Nue, elle vint se blottir contre le corps souple de son amant. Elle rit :

- J’espère que cette fois-ci, tu m’as fait un enfant !

-Je l’espère aussi ! dit l’amant, qui s’endormit dans un soupir heureux.

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article