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POUR EMMA...

 

1

 

 

POUR EMMA

 

 

Il lui dit :

- Tu l’auras un jour, ton île !

Elle soupira.

- Une île pas comme les autres.. Je ne veux pas d’une île blonde avec des cocotiers. Je ne veux pas d’une mer de corail, ni de paillotes sur la plage. Cela m’ennuierait, tu le sais..

Il se leva, tira les rideaux, et une vague de miel inonda la chambre.

- Ce qu’on est bien !

Il lui prit la main.

- Je suis toujours bien avec toi !

Elle lui sourit.

- Pour mon île, enfin, celle que tu m’as promise, je ne souhaite pas de mer d’huile. Tu sais ma prédilection pour les soirs de tempête et le fracas sourd des vagues sur les rochers.

Emma avait toujours fait preuve d’une délicieuse préciosité dans le choix de ses mots.

Corentin adorait cette manière un peu désuète qu’elle avait de s’exprimer.

- Un sentier sablonneux serpentant dans les dunes. Un vent aigre sifflant dans les ajoncs battus. Une petite maison de pierres brutes juchée sur la falaise…

- N’oublie pas la corne de brume, au loin…

Elle eut une petite moue touchante.

- Corentin ! Tu te moques de moi, comme d’habitude !

- Mais non !

Il se leva de nouveau et glissa un CD dans le lecteur.

Un friselis de harpe douce embauma le jour.

- Tu ne me quitteras jamais ?

- Jamais !

 

 

2

 

 

 

 

 

 

Il but la larme sur sa joue.

- Tu aurais ton île, et j’aurais la mienne !

- Admettons…

- Nous nous rendrions visite de temps en temps, toi en hydravion, moi en pirogue !

- Même les soirs de tempête ?

- Surtout les soirs de tempête ! Il y aurait sur le port un vieux marin, un ami à nous, genre loup de mer…

- Le Père Brizonnec ?

- Oui. C’est ça ! Le Père Brizonnec !! Il nous raconterait d’improbables naufrages, le soir, à la taverne…Et nous ririons tous deux de le voir s’exalter, se prendre au piège cotonneux de ses propres mensonges… Tu serais indulgent avec lui, Corentin ?

- Je le serais, Emma, tu le sais bien..

- Je t’aime.

Elle s’endormit.

Le jour, doucettement, grignota le tapis de laine.

Il frissonna.

Il savait qu’elle rêvait de son île, là-bas, au loin. Il crut même entendre les mouettes, et le Père Brizonnec pousser un juron de breton.

Elle dormit longtemps.

Jusqu’à la nuit.

Il lui dit :

- Je te fais couler un bain ?

- Moussant. Avec beaucoup de mousse ! Et très chaud ! Que je me glisse avec délices dans cette mer brûlante !!

Il la prit dans ses bras.

- Je voudrais, tu le sais, je voudrais… Tu sais, les rêves, les îles, je voudrais que tu y croies vraiment, que tu ne fasses pas semblant…

 

 

 

3

 

Il fit voleter sur ses épaules nues une caresse de mousse.

- Tu es belle !

Elle esquissa un sourire.

- Tu me trouves belle ? Toujours ?

- Je t’ai toujours trouvée très belle, tu le sais bien !

Il coupa le robinet de la baignoire.

- Tu as entendu ?

- … ?

- Les oiseaux ! Tu les as entendus ?

- Non, ça, c’est le compteur qui se déclenche… Les heures creuses, tu comprends ?

- Décidément, tu as toujours réponse à tout ! Des oiseaux qui chantent comme un compteur électrique, franchement !!!

Elle rit clair.

- Le chat n’est pas rentré ?

- Non. Il est dans le jardin, à chasser des compteurs électriques !

- Corentin !! Tu m’as toujours fait rire !! Le premier jour, tu t’en souviens, tu m’as fait rire !!! Dans ce restaurant, quand nous allions sortir, tu n’avais pas vu que la porte était fermée, une porte vitrée, tu t’en souviens ?

- Emma ! Sois charitable !! J’ai eu mal ce soir-là !

 

 

4

Le chat tripatouna dans l’escalier.

- Que ferions-nous de lui dans l’île ?

- Il monterait la garde tous les soirs, à la lisière de la forêt… Nous dormirions dans la maison de bois, dans les grands arbres, toi sur la natte, moi dans le hamac !

- Tu ne dormirais pas avec moi ? Contre moi ?

- Pas toujours ! Certains soirs, je viendrais contre toi, très doucement, sous la lune.

- Tu me ferais l’amour ?

..

Il fit clapoter sa main dans l’eau bleue du bain.

..

- Corentin !! Tu me ferais l’amour ?

- Le moindre battement de tes cils me donnerait envie de te faire l’amour. J’aurais des mots mûrs comme des fruits, pour toi, des mots juteux et lourds, sucrés et savoureux, et là-bas, sous la lune argentée, notre chat adoré ferait câlin-câlin avec des gibbons soyeux et songeurs. Je t’aimerais ainsi toute la nuit, à savourer ta peau d’amandes douces et de pulpeuses agaves…

- Je m’y vois déjà !

Elle lui tendit les bras, joyeuse.

- Nous nous baignerons tous les jours, dis, tous les jours ?

- La nuit aussi !

Il l’enveloppa dans la serviette-éponge, la frictionna.

Quand elle fut allongée sur le lit, dans sa belle chemise de nuit parme, il passa ses doigts dans ses longs cheveux blonds.

- Tu ne m’abandonneras jamais, Corentin ?

- Jamais !

 

 

5

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle ferma les yeux, satisfaite, souriante.

- Tu te souviens de ton ami Julien ?

- Julien Dormoy ?

- Oui. Celui-là ! Un jour d’été, nous étions à la campagne, tous ensemble, dans sa grande et belle maison. Tu n’arrêtais pas de m’embrasser. Je n’arrêtais pas de t’embrasser. Julien, nous voyant faire, aussi heureux, aussi fusionnels, avait lancé à Anna, sa femme : " Emma, c’est la presqu’il du Corentin !! " Et nous avions tous éclaté de rire, assis autour de la nappe étincelante de blancheur, sous les grands peupliers !

- Sacré Julien ! Quel esprit il avait, celui-là !!

- Il avait ? Pourquoi ? Tu ne le vois plus ? Il est mort ?

Il prit ses mains dans les siennes.

- Non. Rassure-toi ! Julien est bien vivant ! Je l’ai encore vu hier à la cafète, et il m’a demandé de tes nouvelles, d’ailleurs…

- Et que lui réponds-tu ?

Sa voix trembla un peu :

- Je lui réponds, je lui réponds que tu vas bien, que tu vas mieux, que c’est en bonne voie, et…

- Corentin ! Tu mens !

Il baissa les yeux, penaud.

- Oui, Emma ! Je mens ! Mais c’est à Julien que je mens ! Pas à toi.

- Pourquoi lui mens-tu, Corentin ?

- Je n’ai pas envie qu’il entre dans notre histoire, tu comprends ? C’est notre histoire, c’est notre projet, notre secret à nous deux, rien qu’à nous deux. Tu comprends ?

 

 

6

 

- Je comprends, Corentin ! Tu sais bien que je comprends…

Elle se fit soucieuse…

- Corentin ! Depuis quelques jours, je te trouve agité, fébrile, susceptible même…C’est à cause de l’île ? Tu n’y parviens pas ?

Il fronça les sourcils.

- Non….Oui…. En ce moment, j’ai beaucoup de mal. Je vois arriver l’échéance, le départ, et j’ai un peu le trac. Mais il ne faut pas t’inquiéter, Emma, tout va bien se passer…Tu sais comment je suis, non ?

Elle le prit dans ses bras. Il posa sa tête contre sa poitrine maigre.

- Je sais que tu es courageux, mon Corentin ! Comme tu l’as toujours été. Moi aussi, j’ai peur, tu sais. Je fais la crâneuse, la flambarde, je m’invente des histoires, je vois se dessiner l’île que tu m’as promise, et en même temps, je suis saisie d’une peur panique qui me donne envie de rester dans cette chambre, dans cette maison, pour toujours…

Il caressa sa chevelure.

- Tu les trouves comment, mes nouveaux cheveux ?

- Très beaux !

- Tu les aimes ? Tu me préfères en blonde ?

- J’aime les deux. J’aime tout de toi, Emma ! Il faut me croire, j’aime tout de toi.

Il se leva, se rendit dans la cuisine, mit la cafetière en marche.

Il entendit Emma l’appeler depuis la chambre :

- Corentin ? Tu m’entends ? Tu as pris les billets ?

- Qu’est-ce que tu dis ?

- Je dis, tu as pris les billets pour les îles ?

 

 

7

 

 

 

 

 

 

 

 

Il entra dans la chambre, déposa le plateau et les tasses sur la table de chevet.

- Oui, ma chérie. Ne t’inquiète pas. J’ai pris les billets.

- C’est pour quand ? Le départ, c’est pour quand ?

Il lui tendit sa tasse de café. Sa main tremblait légèrement.

- C’est pour ce soir, chérie. Pour ce soir. 20 heures 14.

Elle poussa un long soupir de soulagement.

- Je suis heureuse ! Tu ne peux pas savoir comme je suis heureuse !!! Les îles, enfin !!! C’est pour ce soir !!!

..

Il lui reprit la tasse vide des mains.

- En attendant, repose-toi !

Un peu après vingt heures, il pénétra de nouveau dans la chambre, une petite boîte métallique à la main.

Emma dormait profondément. Le café-somnifère avait fait son effet.

Sans faire de bruit, il s’assit sur le lit. Elle souriait. Il se pencha sur elle et déposé un doux baiser sur son front.

Puis, il se décida, saisit doucement le bras de la jeune femme, frotta légèrement la peau à l’aide d’un coton imbibé d’alcool, à la saignée du coude. Il ouvrit la boîte, prit la première seringue, et enfonça délicatement la fine aiguille dans la veine bleue.

Emma balbutia quelques mots incompréhensibles, puis sembla se détendre.

Il la regarda :

- C’est ce que tu voulais. C’est pour toi, Emma, que j’ai fait ça. Pour Toi. Attends-moi sur ton île. Je serai bientôt à tes côtés.

..

Et Corentin, calmement, sans une larme, se saisit de la seconde seringue.

Dehors, dans le jardin, le chat miaula, inquiet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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P
BONJOUR, je prend enfin connaissance de votre réponse et vous en remercie mille fois. Je suis très occupée par la mise en place de la manif, l'édition du livre et de mon troisième tome en meme temps. Par ailleurs je prépare le grand festival de l'année prochaine. Je peaufine et je vouss tiens au courant. En 2010 ce sera le 15 mai et je compte sur vous bien sur. Amitiés brigitte
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B
ce texte vient de recevoir le premier prix du concours éclats de lire 2008-2009, organisé par l'association du meme nom à Loches; les jurés ont été imprégnés de toute l'émotion qui affleure les mots. Ce texte est un hymne à l'amour pur.
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S
<br /> <br /> Merci !!!! Pour le Samedi 16 mai, je pourrai venir avec mes musiciens pour un mini-récital à la Chancellerie ! Je vous appelle ou passe vous voir d'ici là !<br /> Merci encore ! Dominique<br /> <br /> <br /> <br />