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15 août 2017 2 15 /08 /août /2017 10:11
MARDI 15 AOÛT 2017

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’JEAN DE FRANCE’’/Didier Barbelivien

 

Tentative d’étude du texte/Dominique Solamens.

 

Chanson-hommage… ( ?)

D’ordinaire, lorsqu’en littérature, en poésie ou en chanson, on rend hommage à une personnalité disparue, le ‘’ je ‘’, le ‘’moi ‘’ doivent s’effacer.

Il est indécent, en effet, dans ces circonstances, de se mettre soi-même en avant.

Dans son poème ‘’Robert le Diable’’, hommage à Desnos, Aragon se permet un seul ‘’je’’ : ‘’Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne’’

Pui, il déroule, poétiquement, la vie et la ‘’stature’’ du poète Desnos dans ce siècle atroce qui fut le sien.

Barbelivien, lui, dans sa chanson, n’y va pas par quatre chemins : on peut compter une bonne quinzaine d’occurrences de ‘’je/me/moi’’ :

‘’J’aimais ton rire’’/’’J’aimais tous ceux’’/’’et je m’imaginais’’/’MOI’’/’’tu me fredonnais’’/’’mon innocence’’/’’je comprendrais’’/’’mon adolescence’’(x2) …etc…

Ces occurrences égotistes brouillent considérablement le message, voire ‘’l’hommage’’.

Car, comme nous l’avons dit plus haut, cet exercice de style, l’hommage, bannit toute référence à l’auteur lui-même, sinon, nous tombons dans l’autobiographie, et l’on se fiche éperdument de la vie de Didier Barbelivien.

Forme : octosyllabes = 8

Rimes pauvres : en –ence/ance/ense et en –a

Fond : tout le monde connaît Jean Ferrat, ou l’a bien connu, ce qui n’est pas le cas, apparemment de Monsieur Barbelivien…

Ferrat était un homme intègre, engagé, sans être asservi  à un quelconque parti. Compagnon de route du PCF, ça , on le sait, mais notre ‘’auteur’’ ne mentionne jamais ce pan essentiel de l’œuvre de Ferrat :’’Camarades’’/’’Le bilan’’/Pauvres petits cons’’…

De Cuba, ou de Santiago, périple bien connu de Ferrat à la fin des années 60, Barbelivien ne retiendra que les moustaches :

‘’Moustaches rapportées de Cuba/Ou Santiago quelle importance’’

À noter que l’adjectif ‘’rapportées’’ est ici bien lourdingue.

 

2

 

 

Question : Ferrat, sans ses moustaches ‘’rapportées’’ de Cuba aurait-il ruiné sa carrière ?

Et Brassens sans ses bacchantes ?

Certainement pas.

Le talent, le génie ne se mesurent pas au système pileux, ça se saurait.

‘’J’aimais tous ceux qui étaient toi/Quand tu bousculais nos consciences’’

Déjà, le premier vers sonne bien creux.

Quant à ‘’bousculer nos consciences’’, c’était là l’occasion, pour notre barde, de développer : ex : ‘’Nuit et brouillard’’/’’Potemkine’’/Maria’’/Camarades’’ etc…

À noter cependant, que, quelques vers plus tard, Barbelivien citera ‘’nuit et brouillard’’, mais se mettant lui-même en scène :

‘’Moi j’écoutais nuit et brouillard/Enfermé dans mon innocence’’

L’adjectif ‘’enfermé’’ est bien pesant lui aussi.

Là encore, on se fiche comme de notre première chanson des états d’âme du jeune Barbelivien.

Cerise sur le gâteau : dans l’enregistrement qui nous est proposé, il chante :

‘’Jean Tannenbaum ou Jean Ferrat/Tes mots déchiraient le silence’’

Alors, tout d’abord, le véritable patronyme de Ferrat était ‘’Tenenbaum’’ et non ‘’Tannenbaum’’ !

Der Tannenbaum, en allemand, signifie ‘’le sapin’’, ou et surtout ‘’l’arbre de Noël’’ !!!

De plus, Jean Tenenbaum ne s’est jamais produit en tant qu’artiste sous son véritable nom ;

Il a essayé ‘’Jean Laroche’’, je crois, mais vraiment très peu de temps.

‘’Et je m’imaginais Créteil/Quand tu me fredonnais ‘’ma môme’’

S’imaginer Créteil, déjà, il faut le faire…

Pauvres rimes en -ôme/-aume  ‘’Créteil/soleil’’ (Arf !)

Federico Garcia est sans doute une des plus belles chansons de Ferrat : il en a écrit les paroles ‘’Les guitares jouent des sérénades/…Dans ta voix j’entends l’appel des cavaliers’’etc…

La musique, très belle, de cette chanson, est signée Claude-Henri Vic.

À quel royaume de Lorca Barbelivien fait-il allusion ? Mystère.

Name dropping : pratique qui consiste à citer des noms de personnes connues ou de titres, pour ‘’habiller’’ sa chanson.     

 

3

 

Vincent Delerm demeure un maître incontesté en la matière.

Donc, chez Barbelivien, nous avons  (en magasin):

‘’Cuba’’/’’Santiago’’/’’Créteil’’/’’ma môme’’/’’nuit et brouillard’’/’’nul ne guérit de son enfance’’/’’les yeux d’Elsa’’/’’Que serais-je sans toi’’/’’Ferré’’( ?)/’’Potemkine’’/’’Maria’’/’’Mourir au soleil’’/’’Un jour futur’’…. ad lib.

Jean de France…..Gens de France !

Ça y est ! Il a réussi à le caser, son jeu de mots pourri !

‘’De la Bretagne à la Provence/Avec la fièvre quelle insolence’’

Raisonnons. Résonnons.

Ces deux pauvres vers sont complètement creux, vides, et ne font JAMAIS référence à Ferrat.

Il a sans doute pensé à ‘’Ma France’’ :

‘‘Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche’’

C’est vrai que les rimes en –èche sont plutôt pauvres en français.

Ferrat lui-même s’y était cassé les dents en écrivant : ‘’Le ciel de l’Ardèche/est comme un pêche/Au-dessus de nous’’

Mais, passons ! Il a fait tellement mieux, Ferrat, qu’il lui sera beaucoup pardonné.

Quant à la ‘’fièvre’’, j’avoue que je reste sans voix.

Il a préféré ‘’Provence’’ à cause de son obsession maniaque des rimes en –ence.

Le pompon : ‘’Jean de France/humain jusqu’à la transparence’’

Ah ! Bordel !! Putains de rimes en –ence !! Tant pis, je me lance ! J’avance ! Tiens, je vais tenter ‘’transparence’’ moi, c’est mon jour de chance !

‘’Quelque chose dans l’air a cette transparence’’ (Ferrat/Ma France)

À noter que dans une interview sur France Bleu, le Barbelivien a assuré avoir écrit sa chanson, paroles et musique, dans sa bagnole et chez lui, en une heure, montre en main.

Tu m’étonnes.

‘’De ce regard qui fait confiance/Pour le secret des confidences’’

Ah, ces putains de rimes en –ence/-ance !!!

Vers vides.

Quand mon vers est vide, je le plains…(proverbe perso)

Les confidences sont, par définitions, secrètes, sinon, autant aller les brailler sur la place du marché, le samedi.

‘’Quand tu croisais les yeux d’Elsa/D’ailleurs que serais-je sans toi/et voilà Aragon qui danse’’

Alors là, les bras m’en tombent.

 

4

Quel mêli-mêlo !!

Et Aragon qui danse en plus !!! (Pense à la rime, gars !)

Ferrat a sans doute ‘’croisé’’ Elsa Triolet et ses yeux, il a composé sur le poème d’Aragon une de ses premières musiques.

‘’D’ailleurs que serais-je sans toi’’ sans rire, Barbelivien parle de lui, là, oui, de lui-même, alors que tout le monde sait que ce magnifique poème est dédié à une femme, Elsa, mais aussi à la femme aimée en général.

Attention, danger d’éboulement : ‘’Même Ferré n’en revient pas/De ces mélodies qui s’élancent’’

Arrêtons-nous un instant : Ferré n’appréciait pas Ferrat, c’est connu, ce qui n’était pas réciproque, je crois, et, étant lui-même compositeur, ses interprétations de poèmes d’Aragon demeurent, comme celles de Ferrat, inoubliables, voire immortelles. Cette allusion à Ferré est donc très bêtasse, je trouve.

‘’mélodies qui s’élancent’’ Peut-être piqué dans un texte d’Henri Gougaud, va savoir…(Un jour futur’’ ?)

Re Pompon : C’est Potemkine et Maria unies dans la même souffrance’’

Le Potemkine était un cuirassé, un vaisseau de guerre, un tas de ferraille armé flottant.

Maria est une femme espagnole imaginaire pleurant ses deux fils : ‘’L’un était rouge et l’autre blanc’’

Potemkine : Texte de Georges Coulonges.

Maria : paroles de Jean-Claude Massoulier.

‘’Mourir au soleil ça me va/Mourir debout quelle élégance’’

Le Barbelivien s’est de nouveau impliqué :’’ça me va’’, expression d’une trivialité inouie.

Et ‘’mourir couché’’ ? On n’a pas le doit d’être ‘’élégant’’ ?

‘’Tu mettais le vide hors la loi/Du simple fait de ta présence’’

Où se trouve Ferrat dans ce galimatias à la légèreté de Panzer ?

Comme pour Où estCharlie, cherchez le Ferrat !

Terminons en beauté : ‘’Et tes chansons de ce temps-là/Ont bercé mon adolescence/Un drapeau rouge au bout des bras/Tous ces taureaux quand j’y repense…’’

Le dernier vers laisse vraiment perplexe, comme hébété, ahuri. Fait-il allusion, le bougre, aux belles étrangères ? Le mystère s’épaissit.

Voilà, c’est dit. J’espère que cette modeste étude de texte vous permettra de vous rendre compte à quel point cet ‘’hommage’’ de Barbelivien à Ferrat était incongru, inopiné, mais surtout faiblard et très opportuniste…

 

Solamens/14/08/17

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Published by Dominique Solamens
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